|
"La terre, on ne l'hérite pas de nos parents mais on l'emprunte à nos enfants. Nous sommes donc résolument favorables à la mise en oeuvre d'une démarche environnementale qui s'appuie sur une politique d'économies d'énergies, de développement des énergies renouvelables et de financements à la hauteur des enjeux. Mais quels sens donner à cette orientation quand elle est à ce point contredite par certaines politiques urbaines ?" interrogeait Marc Pigeon, le président de la FPC, dans son discours au 35e congrès des promoteurs. Le problème du développement durable dépasse en effet largement la bonne volonté que peuvent y mettre les promoteurs. Sans formes urbaines adaptées, le plus écologique des programmes perd tout son sens, car s'il faut une heure de voiture pour aller travailler et presque autant pour faire ses courses, l'économie d'émissions de gaz à effets de serre réalisée en utilisant des énergies renouvelables pour se chauffer sera littéralement ruinée par les effets dévastateurs du trafic routier. "L'étalement urbain sans cohérence est mauvais et la seule démarche intelligente est de développer de nouveaux pôles périphériques dans les grandes agglomérations, à condition bien sûr de développer les transports en commun" estime Jacques Pelissard, président de l'association des Maires de France, qui qualifie volontiers les maires de "fantassins du développement durable".
Plus haut, moins loin
Et pour commencer, les promoteurs réclament la levée des tabous qui frappent la densité urbaine. Pour éviter le mitage et l'étalement urbain, il faut réhabiliter la construction en hauteur, une exigence que les promoteurs résument par l'expression "densité urbaine de qualité". La densité urbaine fait pourtant peur, car elle se traduit le plus souvent dans les têtes par de grandes tours et barres, synonymes de mal-être et d'entassement. Pourtant, comme le souligne Marc Pigeon : "il faut faire comprendre au citoyen, vous savez l'utopiste qui veut une ville sans voisin, qu'il faut mettre en accord ses positions de principe avec son attitude quotidienne". On peut construire haut et beau et il ne s'agit pas de tout bétonner, mais de créer un habitat cohérent, doté d'infrastructures et d'équipements collectifs. Une affirmation à laquelle Dominique Perben, ministre des transports, de l'équipement, du tourisme et de la mer, a adhéré avec prudence lors du congrès : "un certain terrorisme intellectuel a régné en faveur d'une densité faible. Mais il ne faut pas créer un faux débat sur le problème de la densité, où il y aurait les gentils en faveur d'une faible densité et les méchants pour une densité élevée. La réalité est plus compliquée que cela, car il faut prendre en compte les différentes formes urbaines". Plus généralement, le problème est de libérer du foncier, à la fois pour créer de nouveaux pôles de développement et les grandes zones d'aménagement qui manquent pour faire face à la demande (6 millions de ménages en plus d'ici 2030), mais aussi pour faire baisser le coût final des opérations et permettre aux promoteurs d'y intégrer les technologies du développement durable, ce qu'Alain Maugard résume d'un lapidaire : "tant qu'on aura pas touché au foncier, on ne pourra pas basculer vers un marché de la construction durable". Les idées foisonnent, les pistes sont nombreuses. Reste à engager une politique d'aménagement du territoire de grande envergure, qui nécessite forcément des moyens importants. C'est sans doute là que le bât blesse... |